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Conseil d’écriture n°2 : s’inspirer de la vie

Récemment, j’ai terminé le premier jet d’un manuscrit un peu différent de ce à quoi je me suis exercée jusqu’alors puisqu’il s’agit d’un essai qui recoupe des réflexions tissées sur plusieurs années. En prenant du recul sur cette première version, je me suis demandée si je devais harmoniser le ton des différents chapitres ou volontairement conserver un style hétérogène qui rendait compte de l’état d’esprit dans lequel j’étais successivement chaque étape de mon cheminement. Finalement, j’en suis venue à la conclusion qu’en harmonisant, j’allais perdre en force. Cette force, c’est celle que j’associe au côté brut, authentique, vécu. Les émotions et les mots pour les exprimer participent à l’immersion dans un écrit. Ce qui fait vibrer.

À la même période, j’ai vu le film « El Autor » qu’un ami m’avait recommandé. Mon avis sur ce film n’est pas la question, ce que j’en ai surtout retenu c’est l’intervention du professeur d’écriture à son élève (le protagoniste, qui suit cette masterclass depuis plusieurs années) quand il va le basher parce que ses textes sont creux, ses personnages lisses, et tout cela parce qu’il écrit sur ce qu’il ne connaît pas. Et surtout, il lui dit de sortir de chez lui, d’observer les autres, de s’inspirer de la vie la vraie, d’écrire avec ses couilles.

Lorsque l’on me demande si je m’inspire de mon vécu ou de vraies personnes pour écrire, je réponds : bien sûr ! Sur quoi d’autre ? Ma manière de le faire a évolué. Le premier livre que j’ai écrit est un roman autobiographique, ensuite je suis parvenue à me détacher du vécu pour me lancer dans la fiction, avec un recueil de nouvelles. Pourtant, dans ces fictions j’ai continué de travailler des thématiques qui me sont chères ou qui m’interrogent, à travers des histoires complètement inventées qui m’ont fait sortir de ma zone de confort. Complètement inventées, oui, mais dont la matière première est issue du vécu.

Je partage absolument l’opinion du professeur mis en scène dans El Autor : à mon sens, ce qui fait la force de l’écriture c’est une matière qui provient du vécu, d’une capacité à comprendre le monde. Une sensibilité, aussi. Par hasard, j’ai découvert que l’auteur Chuck Palaniak avait vraiment été bénévole auprès de groupes tels que ceux mis en scène dans Fight Club. De la même manière, il a passé des heures pendu au Téléphone Rose pour documenter un autre de ces ouvrages. La vie, la vraie. Je crois que l’on peut produire un texte plus émouvant en utilisant cette force et tout en ayant une écriture assez brute ou des lacunes, plutôt qu’un ayant une parfaite maîtrise de la langue et en écrivant une scène sans profondeur, sans âme.

 

Exercice :

Réfléchissez à une situation récente qui vous a procuré de l’émotion, une réflexion importante, quelque chose qui vous anime. Laissez-vous imprégner par l’émotion, soyez attentif à ce qui contribue à rendre compte de cet état d’esprit : ce peut être des pensées, une posture corporelle, une attitude, une manière de s’exprimer, des tics… Plongez le lecteur dans la scène. Il ne s’agit pas de tout décrire : il s’agit d’apprendre à crédibiliser une situation, un état d’esprit, en disséminant sciemment des détails réalistes. En insufflant de la vie. Vous pouvez choisir d’écrire dans un style autobiographique ou bien utiliser cette matière première pour la transposer dans une situation complètement inventée.

Un autre exercice plus subtil consistera à planter un personnage qui représente tout ce à quoi on se sent opposé. Si l’on se contente de dépeindre un raciste ou un homophone dans notre vision, le portrait psychologique du personnage risque d’être assez creux. Cet exercice requiert de se faire l’avocat du diable : écrire un personnage, c’est chercher à le comprendre, à cerner ses forces, ses faiblesses, ses motivations, son passif… Pour que ses paroles, ses pensées, ses réactions puissent être réalistes et son portrait psychologique crédible.

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