Entre sexisme et slutshaming : tu seras une biatch, ma fille.

Ces derniers temps, j’ai lu et vu beaucoup de choses qui m’ont donné envie d’écrire enfin cet article que j’avais ébauché sans aller jusqu’au bout de ma démarche. Peut-être parce que quand on défend un point de vue orienté vers les droits des femmes, on est catalogué « féministe » et que le débat est souvent peu constructif.

Ne vous braquez pas : ce n’est pas l’article qui tape sur les hommes, écrit par une féministe aigrie et anti-sexe qui vit avec cinq chats. Et puis surtout, c’est un débat ouvert.

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J’ai revu cette video qui date d’il y a un an : Care Norway, une organisation caritative norvégienne qui défend les droits des femmes, illustre le pouvoir des mots et montre que ce qui commence souvent par une plaisanterie peut devenir plus douloureux que prévu.

J’ai lu aussi des faits divers qui m’ont glacé le sang. Cet article, par exemple, évoque l’acquittement de 7 jeunes hommes entre 15 et 20 ans, jugés pour le viol collectif d’une adolescente de 14 ans. Ce verdict a bien sûr provoqué un tollé et la cour a pris la décision de faire appel. Mais l’élément clé du procès, c’est le consentement de cette fille et l’intention de violer de ces garçons. Et l’argumentaire de ce groupe de garçons, auquel le jury a donné raison, se base sur la réputation de « fille facile » de l’adolescente : ils ont pensé qu’elle était d’accord.

Je ne rentre pas dans le débat de la « réputation » car elle peut être choisie ou subie, mais on ne peut pas se baser sur une « réputation » pour connaître quelqu’un ; encore moins pour considérer que cela vaut comme une approbation de quoi que ce soit. Ensuite, penser que quelqu’un est d’accord ne suffit pas. Si je devais résumer avec un principe simple, ce serait : sans oui, c’est non.

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Ce qui m’amène à une conversation avec mon meilleur pote, qui m’avait vraiment émue. Il y a quelques semaines, nous parlions des rapports homme-femme et il me dit :

« Tu te souviens quand on était avec ton ex dans ce bar là, et que tu nous a fait un speech sur le harcèlement de rue ? Tu te souviens comme on s’est foutus de toi, comme on a joué les gros cons ? Et qu’on a t’a fait fermé ta gueule, parce que t’étais une femme – et qu’on pouvait le faire. »

Notez bien que mon pote est loin d’être un connard fini. Cette soirée s’est déroulée il y a au moins trois ans et surtout, ce qu’il avait à me dire à ce sujet le démontrait :

« Eh ben tu sais… J’ai repensé à ça, je me suis rendu compte que je m’étais comporté comme un gros con. Et je me suis excusé. Mais depuis, j’y ai repensé souvent. Parce que je me suis rendu compte de plein de choses que je ne voyais pas. »

« C’est moche, mais j’ai l’impression qu’on a été « éduqués » comme ça, nous les mecs. (…) Tu sais que je me suis jamais mal comporté avec une fille. Mais il y a des choses dont je n’avais pas conscience. Y’a pas longtemps, j’ai lu un truc sur internet qui parlait d’une situation où la fille n’est pas vraiment consentante mais qu’elle ne sait simplement pas comment dire non. J’avais jamais pensé à ça. J’ai flippé parce que j’ai fréquenté quand même beaucoup de filles et je me dit : imagine, c’est peut-être arrivé sans que tu t’en rendes compte. Je me suis senti vraiment con. »

Mais moi, mon pote, je le trouve pas vraiment con. Je le trouve vulgaire, gore, cru, avec un humour noir et dégueulasse oui. Mais pas con, mais pas irrespectueux, mais pas méchant. Bien au contraire.

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J’irai plus loin que mon pote et que la vidéo de Care Norway : ce ne sont pas uniquement les garçons, que je mets en cause. Car les filles entre elles ont des mots – et des idées – qui font mal. Du tristement classique « T’as vu comment elle est habillée, c’te pute » à carrément « Ouais ben faudra pas s’étonner si elle se fait violer, vu comment elle est sapée elle. »

Voire pire : j’ai lu un article qui parlait d’une maman qui avait perdu sa fille. L’adolescente avait été harcelée à l’école et jusque chez elle par un groupe de filles, changée d’école à de nombreuses reprises, etc. Et puis un jour, les filles se sont excusées et l’ont invitée à une fête… pour l’enfermer avec quatre garçons qui l’ont violée. Les filles ont diffusé la nouvelle et l’adolescente, harcelée et insultée à l’école de « trainée » etc. a mis fin à ses jours. Ça me glace le sang de penser qu’une fille peut faire subir ça à une autre fille.

Je crois que les jeunes filles ne sont pas éduquées correctement à la sexualité, à leur rapport à leur corps et aux hommes. Je crois que les pressions de la société et des autres sur elles les confortent dans une sorte de rôle très sexualisé de la femme qu’elles ont du mal à gérer dans le respect d’elles-mêmes. Ça ne vous paraît pas inimaginable de faire quelque chose dont on n’a pas envie juste parce qu’on nous a pas appris à dire non ? En fait, je crois que beaucoup de filles n’ont pas appris à se respecter. Par se respecter, j’entends respecter leur corps, leurs envies, leurs limites. Je crois qu’on peut avoir des plans culs, des coups d’un soir, etc. tout en se respectant. Tout comme je crois qu’on peut ne pas se respecter avec son propre mec.

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« J’admire les femmes plus que les hommes. Parce qu’elles ont plus à prouver et parce que c’est plus dur pour elle. Je crois aussi que les femmes sont plus intelligentes, justement parce qu’elles doivent se battre plus fort pour s’en sortir. C’est comme les gauchers : quand tu y réfléchis, on vit dans un monde de droitiers ou rien n’est pensé pour un gaucher. Boutonner ta chemise ou ta braguette, découper avec des ciseaux, même tenir une manette de jeux… Alors tu dois réfléchir plus, et comme tu réfléchis plus, ton cerveau fonctionne plus. Je pense que c’est pareil pour les femmes. Parce que les choses sont plus dures pour vous, vous devenez plus fortes. »

Ca m’en a bouché un coin, de constater que toutes ces fois où j’ai râlé ou que je m’étais énervée face à des attitudes sexistes n’avaient pas été en vain et qu’elles avaient enclenché un processus qui débouchait sur cette déclaration de respect envers les femmes.

En fait, j’ai juste envie de dire : avant tout, je ne suis pas une femme mais un être humain. Et là dessus, mon pote met des mots d’une justesse incroyable à nouveau : « Il y a plus de différences entre des personnalités qu’entre deux sexes. »

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Cet article, je l’écris pour la fille que j’aurai peut-être un jour. Parce que j’ai peur que ça dégénère et parce que je serais triste de la voir se cantonner à un rôle tellement restreint par rapport à son potentiel.

Je l’écris aussi en espérant que vous ne laissiez pas vos fils, vos frères, vos potes traiter une fille de pute ou induire qu’une fille « cherche à se faire violer ». Encore moins qu’une femme « doit fermer sa gueule » ou qu’une femme est moins capable ou moins intelligente (car tout ça, c’est sans parler du sexisme en milieu professionnel, vécu et constaté.)

Enfin, je l’écris pour que vous ne laissiez pas vos soeurs, vos filles, vos copines ne pas respecter leurs corps et celui des autres filles. Pour que vous leur appreniez ce que c’est le slut-shaming et que les filles qui portent des « fuck-me shoes » (ouaip, j’ai un peu halluciné en découvrant ce terme inventé par des féministes…) ou qui sont sexuellement actives ne sont pas des salopes.

Photo : Vogue sous la direction de Carine Roitfeld et Mario Testino, 2010.

2 comments on “Entre sexisme et slutshaming : tu seras une biatch, ma fille.”

  1. Dada dit :

    Alors ! Je vais essayer d’être clair, structuré et concis. C’est pas gagné du tout.
    Je pense qu’au départ, il y a un vrai problème avec la femme. Rangez vos couteaux, je ne dis pas que vous êtes un problème mesdames. Mais regardons ne serait-ce que la devanture d’un kiosque : 80% des magazines sont placardés avec des femmes à moitié nues dessus. On dit que la femme s’assume, que la femme n’a pas honte d »exister et qu’elle le fait savoir, et c’est tant mieux. Au départ on est quand même tous là grâce à une femme il me semble. Mais l’effet pervers a pris le dessus. Ce qui, à mon sens, était au départ une revendication à juste titre, un acte de courage s’est transformé, a muté. La femme est devenue un objet sexuel, un modèle à atteindre, un mélange de féminité, de bienveillance, la petite femme parfaite est née.
    Parfaite en tout point. Elle doit être fine mais avoir des formes ou il faut, elle doit savoir cuisiner, élever quelqu’un, avoir du caractère ( mais pas trop quand même sinon c’est une emmerdeuse ) elle doit être libérée et s’assumer ( mais pas trop, sinon c’est une salope ) et elle doit être au bras d’un homme un vrai ( sans trop se faire remarquer, monsieur doit rester le centre de l’attention ).
    Je trouve ça vraiment dommage. C’est assez juste cette vision des choses en tant qu’être. Clairement, qu’on ai un pénis ou un vagin, ça change pas la donne. Ca ne devrait pas changer la donne en fait. L’esprit, les sentiments, la sensibilité à telle ou telle chose, le vécu, les expériences, c’est ce qui compose une personne.
    Vous êtes victime d’une image constamment déformée, c’est balo. Je finirais avec un peu de simplicité et démagogie : chez les femmes, comme chez les hommes, on retrouve de sacrés merdes 😀
    M’enfin bon je m’égare là.

    J’ai bien aimé cet article. Good Job !

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