J’ai lu « Lettres à mon utérus »

J’adore les livres et en parle pourtant peu sur mon blog. Cette semaine, j’ai envie de vous parler d’un livre qui m’a interpelée, émue et instruite en tant que femme. Pourtant, il y a un mot barbare et embrassant dans le titre…

«  Je vais te prêter des bouquins de Brigitte Grésy, une pointure sur le sujet du sexisme. Ah, j’ai aussi un livre qui s’appelle « Lettres à mon utérus » et qui est intéressant. » J’ai remercié en gardant pour moi qu’un livre qui parle à des utérus, je trouvais ça plutôt chelou et malaisant. Voire, assez dégoûtant. Qu’est-ce qu’on peut bien avoir à raconter à cet organe ? Qu’est-ce que j’aurais à lui raconter, moi ? Et finalement, des trois livres qu’elle m’a prêtés, c’est ce petit ouvrage à la couverture rose avec un utérus dessiné dessus, que j’ai choisi d’entamer en premier.

« Ça va être dur et triste » ai-je pensé. Franchement, que pourrait-on avoir de marrant ou de joyeux à raconter sur un utérus ? Pour mon plaisir, je me suis trompée : ce format de lettres permet un ton résolument créatif et drôle, pour dédramatiser un sujet qui ne l’est pas. Dirigé par Marlène Chiappa, cet ouvrage regroupe 16 lettres (si je ne m’abuse) de femmes talentueuses à la belle plume. Définitivement, elles ont toutes quelque chose à raconter à leur utérus… et les mots pour le dire !

Ce livre m’a fait pleurer et pouffer de rire dans le métro. Et réfléchir. Moi, je n’ai jamais parlé à mon utérus. Pas donné de petit nom, à l’instar de Nadia Daam qui a baptisé le sien « Britney ». Pas écrit de lettre pour le virer. Je ne l’ai même jamais insulté, pendant qu’il opérait son auto-nettoyage mensuel et que je me gavais d’Antadys. Non, je l’ai royalement ignoré. Je ne pense à lui qu’une fois par mois ou quand je me demande si j’ai envie et si je suis capable d’avoir un jour des enfants. J’ai une vague idée de ce à quoi il ressemble mais aucune fichue certitude de son emplacement ou de sa taille. Je me dis que c’est vaguement honteux : imaginez, un mec qui ne saurait pas où sont ses couilles !

 

 

« Utérus » : quel nom de merde, pour commencer. L’utérus, cet organe oublié, parfois détesté, muselé à coups de pilule, charcuté, amputé. Et puis béni pour sa capacité à accueillir la vie. Cet organe qu’il ne nous viendrait pas à l’idée d’évoquer publiquement tandis qu’on n’aurait pas de problème à parler de son cœur, de son estomac ou de ses poumons. Mais « j’ai mal à l’utérus », franchement, quelle honte de dire une chose pareille.

Cet utérus qu’on ne voit pas, tandis qu’un homme voit en de multiples occasions ses organes sexuels et reproducteurs. Cet utérus dont on ne parle pas, tandis que les mots « bite » et « couilles » font partie du langage populaire et sont intégrés à des expressions que même des femmes utilisent ! Tu me casses les couilles. Elle a des couilles, cette nana. Ben oui, le courage c’est un symbole masculin et on n’entendra jamais dire woah, cette gonzesse a de sacrés ovaires / un utérus de ouf..

Organe de reproduction, symbole de féminité, il soulève pourtant tant de questions. Alors c’est ça être une femme, avoir un utérus ? Est-on une femme si l’on a pas d’utérus ? Delphine, qui a écrit l’une des lettres de ce livre et qui a jadis porté un prénom masculin, est-elle une femme ? Être une femme se définit-il par la capacité de porter et donner la vie ? Et si on n’y arrive pas ? Et si on n’a pas envie ?

La grossesse ne faisant pas partie de mes plans immédiats, je ne m’étais simplement jamais attardée sur le sujet. Pourtant ce livre soulève un point : depuis des millénaires, les femmes sont « faites » pour porter la vie. Il y a une pression au sujet de la maternité. Ce n’est pas normal de ne pas vouloir d’enfants, de ne pas être intéressée par cela. Est-on une femme si on n’a pas l’instinct maternel ? Et parce que porter la vie rend vulnérable celle qui la porte, l’homme doit la protéger. Depuis la nuit des temps, la femme est le sexe faible, vulnérable parce qu’il donne la vie. Et puis précieux, parce qu’il donne la vie. Si bien qu’il arrive que l’on se sente purement considérée comme un utérus sur pattes, un réceptacle à ovaires fécondés.

 

 

Je vais emprunter les propos de Delphine Philbert – ils peuvent sembler violents mais je fournirais volontiers à quiconque le voudra l’argumentation détaillée qu’elle tient dans sa lettre : cet utérus est la cause de la plus grande discrimination de l’humanité : des millions de mortes, de violées, de rabaissées, d’ignorées, d’interdites de plaisir sexuel, de considérées comme des inférieures.

Tout ça me fait simplement penser qu’il est bien plus important que je ne le croyais, cet organe au nom indigne que j’ignorais royalement. Et vous, vous en pensez quoi de tout ça ?

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