Ma réponse à une anti-féministe

Suite à mon dernier article sur le livre « Lettres à mon utérus » je me suis heurtée à une anti-féministe agressive sur Facebook. Rien de bien grave, en soi. Pourtant, je suis toujours surprise de tomber sur ces femmes anti-féministes : comment peut-on être contre la défense de ses propres droits, de ceux de son genre ? J’ai longtemps hésité à me revendiquer féministe car j’ai bien remarqué que c’était un gros mot.

Pour répondre à celle qui avait jugé « débile » de parler d’utérus, les féministes nourrissant selon elle un insupportable narcissisme de la chatte, j’ai soulevé la différence entre le féminisme et la misandrie. Aucune ! m’a t-elle répondu. Une part de moi a songé que c’était une perte de temps, d’argumenter face à un état d’esprit aussi imperméable et agressif. On parle quand même d’une femme qui pense qu’il y a des viols criminels et des viols normaux qui font partie des relations H/F. Et que si on n’a pas envie de se faire violer, on n’a qu’à rester chez soi. Perso, je ne peux qu’être choquée. Dans un autre commentaire, on comprend qu’elle l’a elle-même subi mais qu’elle « s’en est très bien remise ».

Et puis, je me suis dit : merde, ça fait un moment que j’ai envie de l’écrire, cette explication. Pourquoi aujourd’hui j’ose enfin me dire féministe et comment je suis capable d’expliquer ma démarche personnelle de féminisme – qui n’a rien à voir avec de la misandrie. Alors voilà :

L’image de la femme et son rôle dans la société sont hérités d’un lourd passif. À l’échelle de l’Histoire, le droit de vote ou celui d’avorter sont très récents. Aussi, je peux entendre que les générations les plus anciennes aient encore une imagerie liée à la femme qui correspond à la place que celle-ci avait encore il y a quelques années : grosso modo celle d’un enfant puisqu’elle ne pouvait ni voter, ni disposer de son argent, n’était pas consultée pour les décisions. Dépendait de son mari.

Sauf que les choses ont évolué et que maintenant, les femmes travaillent et peuvent accéder à des fonctions responsabilisantes. Certaines ont envie de faire carrière plus que de fonder un foyer. Les femmes se sont émancipées et cette indépendance a bouleversé aussi les schémas familiaux : aujourd’hui, on peut divorcer ou se séparer (je vous vois venir avec votre sens de l’extrême 😉 : je ne parle pas de tomber dans la facilité de la relation jetable mais bien de ne pas être piégée par une dépendance financière maritale). Bref, le monde évolue et une femme aujourd’hui travaille, élève une famille, vit une vie de couple, une vie sociale… Existe avec les droits d’un adulte.

Pour contredire un de vos posts qui relaie ce cliché ultra répandu et pourtant infondé sur le féminisme : non, les féministes ne sont pas des grosses, moches, poilues, frustrées, hargneuses, avec une vie pourrie. Personnellement, et je le dis tout à fait humblement, je me sens vraiment à l’opposé de cette description. Pourtant, je me revendiquerais féministe. Pourquoi ? Parce que j’estime que je n’ai pas à subir un certain nombre de choses qui me pèsent au quotidien depuis des années :
– être aussi investie que mon chef dans un dossier et me faire squeezer d’une réunion parce que « certaines choses se gèrent entre hommes » ;
– me prendre une main au cul par un gamin de quinze ans devant tout le monde ;
– savoir que je dépote dans mon job mais que je gagne moins qu’un homme ;
– m’entendre dire, il y a quelques années « alors, quand est-ce que tu vas te mettre en ménage ? À ton âge… Il va être temps de penser à faire des enfants ! » ;
– sentir le regard d’hommes bien plus âgés, sentir des regards sur mon corps dans la rue, entendre des commentaires sur mon physique dans la rue, me faire suivre dans la rue… Classique.
(Pour ne pas trop vous agacer, je vous fais cadeau des centaines d’autres raisons 🙂)

Mais pourquoi, putain ? Parce que « c’est comme ça » ? Parce que les droits des femmes ont déjà « bien évolué » et que je n’ai qu’à « me contenter de ça » ? Eh bien non, désolée mais je veux plus. Je veux vivre ma vie. Avoir une carrière. Me sentir libre d’avoir ou pas des enfants. Avoir les mêmes chances et droits qu’un homme. Avoir la même liberté d’occuper l’espace public, de picoler, de baiser, d’être carriériste, d’être forte. Ça, c’est ma conception des choses. Ce que j’ai découvert il y a quelques années, c’est que le féminisme c’est une grande « famille » de courants de pensées qui diffèrent sur les questions de la sexualité, la maternité, la pornographie… Je ne m’apparente pas à certaines de ces pensées : par exemple, l’écriture inclusive m’importe peu. Cela ne changera pas ma vie quotidienne en tant que femme, c’est un leurre à mes yeux. Pourtant, je suis féministe. Le sens du mot féminisme c’est de défendre les droits des femmes. Qu’il y a-t-il de mal à défendre ses droits ? Cela pourrait même sembler fou, de s’opposer à la défense de ses propres droits ! 😉

Quant à la misandrie, le mot désigne un sentiment de mépris ou d’hostilité à l’égard des hommes. Tout est dit. Quand je réclame le droit d’être payé le même salaire qu’un homme, je ne suis pas hostile à l’égard de mon collègue qui gagne plus que moi mais à l’égard d’un système que je ne comprends pas puisque je fournis le même travail qu’un homme ! Je ne prive ou ne lèse personne, je réclame juste une égalité.

Il faut vraiment éclaircir cette confusion entre misandrie et féminisme – qui fait de « féminisme » un gros mot. Pour moi, être féministe ce n’est pas détester les hommes, ni nier leurs propres droits, ni prôner le matriarcat. Don’t call me a feminazi. On peut vouloir l’égalité des genres sans être radical.

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