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Réflexion de confinement

Le confinement, tout le monde a ce mot à la bouche. Moi, au bout de deux semaines, j’ai fini par décrocher. C’est vrai qu’au début, comme tout le monde, j’ai regardé les allocutions du Gouvernement, j’ai suivi les informations et les chiffres. L’autorité, très peu pour moi. Souvent défiante vis-à-vis de l’ordre établi, je respecte pourtant les règles que je comprends. Alors je reste cloîtrée chez moi : de toute façon, ça ne change pas grand-chose.

Passé le choc de la crise sanitaire et de la privation de liberté, j’ai partagé avec les autres un sursaut de conscience, de solidarité. Je me suis gavée d’informations plus ahurissantes les unes que les autres, d’âneries de Sibeth Ndiaye, de contestations de la gestion de la crise par le Gouvernement. Plus de temps pour s’informer et se désinformer. Et peut-on ou non applaudir les soignants à nos fenêtres sans se sentir hypocrites puisqu’on n’était pas là pour les soutenir quand ils revendiquaient des droits et des moyens et qu’ils se faisaient gazer ? Et la Chloroquine, et le Gouvernement quelle bande d’enculés, et les masques en tissus sont-ils efficaces, et les gens qui agressent les soignants pour leur voler des masques non mais où va l’humanité. Et c’est long, hein, c’est triste en ce moment. Ah, toi aussi tu picoles plus qu’avant ? Inquiets, privés de leur liberté, confinés avec leurs gosses, coupés de leurs amants, troublés de se trouver face à eux-mêmes… Les gens étaient aux abois.

Au bout d’un moment, un mécanisme d’auto-défense m’a poussée à déserter les réseaux sociaux, arrêter de me perdre dans cette avalanche d’informations dont je n’étais plus capable de vérifier la véracité. J’en avais assez avec mes propres pensées pour ne pas me perdre dans celles des faux-sachants et autres complotistes. Paumée, écoeurée, je me suis repliée sur moi-même. Je n’attribue aucune connotation péjorative à ce terme de « repli » : j’avais besoin d’une respiration, d’être avec moi-même, de digérer ce flot incessant d’informations, de briser cette boucle des mêmes conversations centrées sur oh, on s’occupe hein, on commence à trouver le temps long, je déprime un peu, je télétravaille en chemisier pour les skype et en slip, on profite du jardin.

Moi, m’occuper comme on peut ce n’était pas mon truc. Mon obsessionnelle quête de sens m’a forcée à convertir cette période de passivité en une phase active d’introspection et de re-connexion. Une introspection nourrie par de nombreuses lectures, par la méditation et des exercices de connaissance de soi. Ah ça, pour réfléchir sur moi, il n’y avait pas de problème : ma vie est une perpétuelle remise en question existentielle. Encore fallait-il accepter de voir les choses en toute lucidité, ne pas se mentir à soi-même. Se reconnecter renvoyait à un phénomène moins mental et plus ancré dans la matière.

Au bout de plusieurs jours d’une nouvelle routine basée sur la méditation, le yoga, la lecture, la pratique de l’art mais aussi des moments moins fréquents mais plus qualitatifs avec les autres, je me suis surprise à penser « je me sens vraiment bien ». La nature, elle aussi, semblait se sentir mieux sans nos conneries productivistes et reprendre ses droits. Les dauphins réapparaissaient en Italie, la pollution chutait, les animaux s’égaraient en zones urbaines. Finalement, ce confinement comportait des aspects positifs.

Et puis il y a eu cette phrase qui m’a fait tilt. D’une amie qui me confiait avoir débuté une pratique quotidienne du sport, dont les bienfaits étaient indéniables : « Je ne suis pas sûre de pouvoir continuer quand je vais reprendre le travail, ou alors je devrais me lever à 6h du matin… » Alors ce sera ça, l’après ? Abandonner les rituels qui nous faisaient tant de bien ? Replonger tête baissée, se jeter à corps perdu dans les rouages de la machine à fric, redevenir les esclaves de la croissance ? Au détriment des singularités que nous avons appris à revaloriser, des plaisirs simples que nous avons redécouverts, des prises de conscience de notre impact sur le monde, des rapports humains ?

Et si nous refusions de céder à nouveau notre humanité, nos singularités ? De produire au détriment du respect de nous-mêmes ? De reprendre des habitudes de consommation insensées ? De voter pour ceux qu’ont blâmera deux ans après pour leur politique ? Et si on brisait ce putain de cercle de l’argent roi, du culte de la performance et des ego-objets ?

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